Entre le peuple béninois et sa classe politique, qui a trahi qui ???

Les électeurs béninois ne feraient plus confiance en leur classe politique. Les promoteurs d’hommes d’affaires s’en gargarisent à longueur de suscitation de candidature. Personne pour nous dire cependant à quand remonte le mariage entre l’électorat et la politique au Bénin depuis le début du renouveau démocratique.

Nicéphore Soglo avait pu prêter serment le 04 avril 1991 sans avoir été le candidat d’un parti. Il en est de même de Mathieu Kérékou 5 ans plus tard et de Yayi Boni en avril 2006. Les bulletins de vote n’ont donc jamais été acquis majoritairement à la classe politique. Pourquoi parle-t-on alors de divorce pour un mariage qui n’a jamais existé ? Dans une certaine mesure, les candidats issus des partis peuvent se considérer comme des victimes des électeurs qui n’ont d’yeux que pour les spécimens isolés totalement inconnus des groupes organisés pourtant régulièrement enregistrés et reconnus par l’article 5 de la constitution comme les animateurs exclusifs de la vie publique.

Il n’y a donc rien d’étonnant que dans la perspective de la présidentielle de 2016, les gens découvrent d’autres attractions en dehors de ce que pourraient proposer les partis politiques traditionnels. Après s’être passionnés pour les fonctionnaires de banque internationale ou sous régionale et au révolutionnaire repenti, les Béninois s’en remettent cette fois-ci aux hommes d’affaires. Les conjectures tournent fatalement autour de la capacité de chaque camp à corrompre les acteurs du processus électoral, allant du simple votant au juge du contentieux électoral en passant par les organisateurs du scrutin, la société civile, les observateurs voire la communauté internationale. Les fortunes personnelles des protagonistes s’invitent à tous les débats. Aucune réflexion sur le mode de gouvernance, le profile des hommes du prochain pouvoir encore moins sur les grandes orientations de développement.

Le Bénin est devenu ce peuple qui veut aller au développement sans la politique, c’est à dire sans l’art de gérer la cité. Ce peuple qui a toujours trahi ceux qui se sont donnés pour mission, à leurs propres frais, de construire une gouvernance élaborée et pensée. Les équipes, les projets, les mécanismes de gestion, les grands équilibres ne font pas partie des critères de choix. Seuls comptent l’immédiateté ou le "só tcha bô dou tcha", les jetons de meetings, la corruption des institutions. Une campagne électorale n’est correcte au Bénin que lorsqu’il y a des sandwichs, des tee-shirts, des casquettes, du riz et des billets de banques distribués aux électeurs. Tant pis pour les érudits versés dans la démonstration de projets de société, de perspectives et de programmes de développement. Ici c’est le peuple qui fait du chantage sur les hommes politiques et non le contraire. Encore une exception béninoise : "Albert, ta politique est lente", expression dédiée à tous les aspirants au trône jugés trop nonchalants dans la distribution d’objets de corruption électorale.

C’est une évidence que partout au monde, l’argent est central dans toute compétition politique. Toute entreprise politique a besoin de financement pour installer le siège, assurer le fonctionnement de ses organes, former les militants etc... Il faut bien de l’argent pour payer le loyer ou le salaire des permanents. Le régime marxiste-léniniste n’aurait pas abouti à la banqueroute généralisée si l’idéologie (sans l’argent) suffisait à construire un État. Mais les impératifs d’égalité des chances, de transparence et d’équité exigent que l’utilisation de l’argent en politique soit réglementée. Tout le contraire du grotesque concours de corruption que les Béninois s’apprêtent à vivre dans quelques mois sous le couvert d’élection du président de la République. Scrutin sans règles sur le financement, sans balises sur l’origine de l’argent, sans normes sur le profile et la moralité des jeteurs de sous. Seul critère qui compte, implacable, impitoyable et amorale : "prends pour toi et tais toi".

À peuple traître, élu corrupteur...

Arimi Choubadé

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