Après les pleurs, retour au Bénin...

Les Béninois ont honoré leur "héros". La plus grande ivrognerie nationale porte désormais son nom. Même si les baptiseurs se sont rendus compte, après coup, de leur méprise en enjoignant à la panoplie de reconnaissance un reliquat à travers le Prytanée militaire des jeunes filles de Natitingou.

En attendant d’identifier un autre vestige digne de faire l’affaire. Tous les peuples essaient de s’identifier à des icônes, des valeurs, une incarnation. Les Indiens ont leur Mahatma Gandhi, les Français leur de Gaule, l’Afrique son Mandela, les Béninois s’offre désormais leur Mathieu Kérékou. Il paraît que le grand camarade de lutte réunissait à lui tout seul tous les critères à cet effet. Concédons à ses affidés de pouvoir se projeter ainsi dans la félicité. Passons alors sous silence Ségbana, Dodja, petit palais ainsi que les camps de concentrations pour vieillards présumés sorciers. De toutes les façons le héros est mort et enterré, mais le Bénin reste.

Maintenant qu’on demande à tout le monde de se taire sur le passé du héros, il revient à ces célébrants de ne pas en rajouter. A l’instar des fameuses révélations du chef de l’Etat qui aurait été sensibilisé lors de la passation de charge en 2006 par son prédécesseur sur la démocratie et la bonne gouvernance. Sans mettre en doute la parole du chef, et surtout sans jeter un discrédit sur la mémoire du héros national, on peut quand même s’étonner qu’un tel rituel sur la démocratie et la bonne gouvernance puisse avoir lieu entre les deux hommes à cette époque-là. Ce que le commun des Béninois retient de cette présidentielle de 2006, c’est le refus du ministre des Finances de faire organiser le scrutin sous prétexte que les caisses de l’Etat en étaient incapables. Il a fallu la mobilisation de la société civile, les cotisations foraines et l’appel à un renoncement aux primes à l’endroit des démembrements de la Céna pour parvenir à tenir le scrutin. C’était cela les conseils de bonne gouvernance ?

Que dire alors de la contestation électorale à l’issue du premier tour, toujours en 2006 ? Le chef de l’Etat sortant, aujourd’hui héros national, a choisi de lancer lui-même la polémique en promettant de faire perdurer les protestations aussi longtemps que possible. Des hordes de contestataires se relayaient à la Marina pour demander l’arrêt pur et simple du processus. Mon confrère Charles Toko, à l’époque, entièrement acquis à l’avènement de Yayi, avait dû prendre le maquis pris en chasse par les barbouzes du pouvoir du fait de ses dénonciations répétées. Ne parlons pas de la tentative de faire invalider la candidature de Yayi par la loi sur la résidence continue finalement révoquée par la cour constitutionnelle. N’eut été la promptitude avec laquelle, le battu du second tour, un certain Adrien Houngbédji, avait appelé et félicité son adversaire, le Bénin allait sombrer dans un imbroglio électoral sans précédent. Mais de tout cela, il paraît que les deux acteurs de la passation de charges n’en ont touché mot ; trop occupés qu’ils étaient à gloser sur la démocratie et la bonne gouvernance. Soit !

Revenons au Bénin d’après les pleurs. Avant de continuer le recensement des lieux à baptiser ou à rebaptiser, il convient de faire une petite reddition des comptes sur les obsèques. Tout laisse craindre que le demi-milliard annoncé ne soit qu’une indication largement dépassée dans la réalité. En effet, presque tous les ministères ont initié des missions à cet effet sans parler de certaines sociétés d’Etat. Sans risque de se faire accuser de révisionnisme anti-héros, on peut légitimement réclamer la vérité sur les chiffres. Personne ne pourrait attribuer des abus au de cujus puisque ce sont les vivants autoproclamés adulateurs qui ont opéré les dépenses. Ce n’est que rendre plus crédible la mémoire du disparu que de faire toute la lumière, ministère par ministère, sur tous les deniers publics dépensés à l’occasion.

Surtout ne pas souillez la mémoire du héros national !!!

Arimi Choubadé.

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