En tout cas il y a au moins un compétent dans ce désert... le compétiteur-né ???

S’il y a une leçon à retenir en ce début de règne de la Rupture c’est que la liberté d’expression n’est pas la même selon qu’on est simple citoyen ou locataire de la Marina. Chaque pet du chef de l’Etat est pesé, soupesé, tamisé. Rien à voir avec cette vie douillette où le citoyen Talon pouvait extérioriser un état d’âme personnel en toute quiétude. Certes il n’en est pas encore à l’étape du lyrisme débridé de son prédécesseur.

Mais, ce qui est sûr, il a voulu partager avec ses partenaires français, ses compatriotes Béninois et Africains une opinion sur le logiciel intellectuel dont il hérite : un désert de compétences. Analystes, grammairiens, affidés et adversaires se chargent déjà depuis lors de disséquer ce concept dans tous ses méandres. Parole d’évangile pour les uns, monumentale bourde pour les autres. Il paraît que quelques intellectuels africains s’en mêlent déjà. Tous ont peut-être leur raison. Patrice Talon, n’est pas n’importe qui ; c’est quand même le tout nouveau chef de l’Etat du Bénin, autrefois quartier latin de l’Afrique, fraîchement élu, symbole de l’alternance démocratique et pacifique. Quand même !
L’exercice ici n’est pas d’en rajouter à la polémique en confortant anti ou pro Talon. Néanmoins, il n’est par superfétatoire de profiter du contexte pour remonter le cours de la courbe de l’intelligentsia béninoise selon toute vraisemblance en déclin depuis bien longtemps. L’amnésie légendaire des Béninois n’a pu effacer des mémoires le 26 octobre 1972 et son implacable vague de désacralisation de la "Compétence" lancée par un groupe de militaires installé de force au pouvoir. Leur première cible fut, en effet, l’école. Le grand camarade de lutte avait décrété que : "tout cadre est enseignant" ; le début d’une ère de profond mépris pour la fonction enseignante. Les maîtres, professeurs et autres chargés de cours devraient alors prendre massivement le chemin des camps de torture, de l’exile ou de l’humiliation pendant qu’on les faisait remplacer dans les salles de classes par des étudiants sans formation ou pire des soldats à peine scolarisés. Exit la pédagogie, la vocation, la déontologie dont raffolaient les dahoméens formateurs de compétence. Il suffisait désormais d’implanter à tour de bras des écoles et collèges dans tous les hameaux, sans infrastructures, et les faire tenir par des révolutionnaires "convaincus". Les seuls compétents reconnus par le régime n’étaient rien d’autres que les délateurs capables de faire persécuter jusqu’à la torture l’enseignant de village, le médecin modèle, le fonctionnaire intègre ou l’avocat impertinent.
Cerise sur le gâteau avec l’école dite nouvelle axée sur la masse et non l’excellence ou la "compétence". Tout le monde devrait être agent permanent de l’état y compris le cultivateur au nom d’un socialisme archaïque mu par une circonstance géopolitique plutôt que par un idéal de société. Conséquence : la banqueroute généralisée. Les espoirs nés de la conférence nationale n’ont duré que l’instant d’une transition et d’un premier quinquennat présidentiel consacré aux célèbres travaux d’hercule. Le retour en grâce des anciens révolutionnaires avait unique dessein de parfaire leur propre impunité au regard des crimes du passé. Il faillait assurer les arrières en reprenant en main des pans entier de la vie socio politique en l’occurrence l’administration publique, les médias, les véhicules d’occasion, les marchés publics. Les concours de recrutement truqués, à la fonction publique, c’était déjà à cette époque.
Une fois réinstallé à la Marina, le grand camarade à fait remplacer le programme d’excellence qu’il était venu trouver par le système des quotas et des concours par région, ouvrant grandement la porte aux fraudes de tout genre. Vive les contorsions autour des concours de recrutement de fonctionnaires. Les résultats d’un concours de la douane pouvaient être bloqués durant près d’un an à la présidence de la République, revus et mis au goût de la relève de qualité d’alors. C’est donc cette administration de combine, d’impunité, de corruption et de fraude qui est actuellement au service de la Rupture après avoir écrit les pages d’or du changement-émergence-refondation. Peut-être que tout cela a justifié la grande frayeur suivie d’un appel à l’aide à l’endroit de François Hollande à l’Elysée le 26 avril 2016.
En tout cas il y a au moins un compétent dans ce désert... le compétiteur-né ???

Arimi CHOUBADE

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