Burkina recherche hommes intègres...

Comment ne pas être admiratif du combat de Shérif Sy, président du Conseil national de transition (CNT) face à la soldatesque en éruption dans les rues de Ouaga ? Le président de la République et le premier ministre étant embastillés, il lui revient de continuer à défendre la légitimité du régime transitoire. Un combat dont est solidaire l’amazone Ramata Sore, à juste titre, en vue de la restauration de l’ordre républicain mis en berne le 16 septembre 2015. Ces combattants de la liberté se sont faits une certaine idée de la démocratie dans leur pays et se battent pour la sauvegarder.

Même si en face, les militaires aussi prétextent du droit de tous les burkinabés à la citoyenneté pour mettre un terme à la transition. Vu de loin, l’exercice revient à distinguer parmi les "hommes intègres" ceux qui le sont plus que les autres. Il y a donc les intègres de Kafando d’une part, et ceux de Diendéré d’autre part.
Au commencement, il y avait Blaise Compaoré et les siens dont la conception patrimoniale du pouvoir excluait les autres citoyens non affiliés au clan. Une succession de pogroms et de nettoyages sanglants ont permis de réduire toute velléité de contestation et envoyer en exile les plus téméraires. Il a fallu la malédiction du troisième mandat pour enrayer la machine et faire fuir le grand Blaise, pacificateur continental. On avait cru enfin que tous ceux qui n’ont pas pris le chemin de la fuite pouvaient désormais compter parmi les hommes intègres et espérer participer, eux aussi, à l’avènement du Burkina nouveau scandé en chœur par des manifestants dits révolutionnaires dans les rues de Ouaga et des autres grandes villes du pays le 30 octobre 2014. Une sorte de révolte des exclus qui une fois installés aux commandes de la transition devraient être accusés à leur tour d’exclusion par leurs anciens bourreaux.
On peut se poser la question de savoir comment des artisans de la liberté peuvent se retrouver en flagrant délit d’exclusion après moins d’une année d’exercice du pouvoir transitoire. Si la révolution était si populaire qu’on le prétend, le peuple saurait trier le bon grain de l’ivraie à travers les urnes sans qu’il n’ait eu besoin d’une fatwa d’exclusion lancée par les autorités de la transition. Les acteurs extérieurs comme nous s’attendaient à un véritable chantier judiciaire chargé de traquer les voleurs de la République, les tortionnaires d’opposants et autres assassins de journalistes. On voit mal des gars empêtrés dans des procédures judiciaires se lancer dans la course à la conquête du pouvoir sans y laisser des plumes. Les électeurs révolutionnaires devraient pouvoir continuer la campagne de salubrité républicaine en poursuivant les collabos de l’ancien régime jusqu’au fond des urnes. A moins que la transition n’ait pas cru à la vertu de la démocratie et ait préféré régler ses propres comptes par la politicaillerie.
Les événements de septembre 2015 constituent assurément une épreuve supplémentaire dont le Burkina aurait pu se passer. Le fait que mes amis Shérif et Ramata aient raison ou qu’ils défendent la bonne cause ne change rien au drame qui se joue. Tout le monde savait que Diendéré couvait une revanche depuis octobre 2014. Qu’il conservait toute son influence au sein du tristement célèbre Régiment de sécurité présidentielle. Que cette unité comptait parmi les plus puissantes de l’armée. Et que ses éléments ou leurs soutiens politiques sont eux aussi des burkinabés, intègres ou pas. Les "révolutionnaires" ne pouvaient ignorer que Diendéré n’accepterait jamais voir la corde se rapprocher de son cou sans tenter un acte désespéré. Un, deux, trois, vingt ou cent morts de plus, ce sont des morts inutiles. Parce que des burkinabés ont refusé de considérer d’autres burkinabés comme des citoyens à part entière du pays des hommes intègres.
Et voilà le Burkina à genoux...

 

©arimi.ilemi.net

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