Politique étrangère: les trois fautes de Barack Obama

Obsédés par la montée de l’Asie, les États-Unis se sont retirés trop vite du Moyen-Orient. Sans voir le grand retour de la Russie. Et sans s’affirmer pour autant comme grande puissance de l’Asie-Pacifique...

Le grand jeu. Pour marquer son grand retour sur la scène internationale, montrer sa fidélité à l’allié syrien et sa détermination à le défendre coûte que coûte, Vladimir Poutine a déployé sur le champ de bataille toute la batterie de ses nouvelles armes: Soukhoï 35 S, hélicoptères de combat M 28 et, clou de la panoplie, tirés de la mer Caspienne à 2.000 kilomètres de leurs objectifs, 26 missiles intercontinentaux de longue portée. Commentaire stupéfait de l’amiral américain Gortney : "Ça va nous obliger à attraper des flèches au lieu de viser l’archer". Ajoutez à cet arsenal, une force de déploiement rapide, capable, au sol, d’occuper les "vides" créés par ses forces aériennes et un centre de renseignements commun avec les Iraniens et les Irakiens, les alliés du terrain, et vous avez tous les ingrédients d’une puissance militaire dont on croyait les États-Unis seuls détenteurs.

Dur pour l’état-major américain d’entendre son homologue russe revendiquer, avec sa force de frappe aérienne "plus de bombardements en une seule journée en Syrie que la coalition internationale, toute entière en un mois". Mais c’est la réalité: modernisée, bien entraînée, avec un sens aigu du timing (l’US Navy n’a pas pour l’heure de porte-avion dans le golfe persique), l’armée russe a les coudées franches. Le message n’a pas échappé aux États-Unis. Ravalée au rang de pays de seconde zone après l’effondrement de l’Union soviétique - "une pompe à essence se donnant l’air d’un Etat" -, plaisantait cruellement le sénateur John McCain-, la Russie est redevenue un super-power militaire, comme au temps de la guerre froide. Capable d’intervenir loin de ses bases pour défendre ses alliés et faire respecter sa conception de l’ordre mondial.

Des Etats-Unis pris au piège de leurs contradictions

Une stratégie aux antipodes de l’Amérique d’Obama, guidée depuis 2011 et le retrait des forces américaines d’Irak par deux principes: d’abord un leadership en retrait, limité, dirigeant la manœuvre en arrière-plan avec seulement un soutien logistique ("leading from behind"). Mais sans intervention au sol ("no boots on the ground"). Comme lors de l’intervention franco-britannique en Libye. Comme pendant l’invasion de l’Ukraine par les séparatistes pro-russes armés et assistés par le Kremlin. Le deuxième principe: desserrer ses liens préférentiels avec les pétromonarchies (Arabie saoudite) pour se rapprocher de l’Iran, "la grande puissance régionale de demain" qui nie pourtant le droit d’Israël à l’existence.

Ce "retrait" de la scène internationale culminant avec son refus, en septembre 2013, d’intervenir en Syrie malgré l’utilisation avérée d’armes chimiques contre son peuple de Bachar Al-Assad ("ligne rouge" à ne pas franchir selon la diplomatie américaine!), développe aujourd’hui ses conséquences négatives. Mettant à profit l’immobilisme et l’aveuglement américain, la Russie de Vladimir Poutine a annexé sans coup férir la Crimée et construit les conditions d’une partition de l’Ukraine. Au Moyen-Orient, le départ des forces américaines d’Irak a créé un "vide" dans lequel s’est engouffré l’État Islamique qui étend aujourd’hui son emprise en Syrie. En Afghanistan, après la prise – éphémère - par les talibans de Kunduz, métropole stratégique au Nord de Kaboul, pour éviter un scénario à l’irakienne Barak Obama a dû se résoudre à repousser "jusqu’à la fin de son mandat" (janvier 2017) le retrait d’un contingent américain. Pris dans ses contradictions - l’engagement de "mettre fin aux deux guerres dont il avait hérité", et la nécessité de ne pas laisser le champ libre au djihadisme -, Obama recueille aujourd’hui les dividendes d’une politique myope ou aveugle. La priorité donnée à l’Asie (le "pivotal shift") a fait négliger les tensions du Moyen-Orient. Et ignorer le retour de la Russie en Syrie et dans la région où elle s’impose désormais comme l’un des principaux acteurs. Jusqu’où doit-on intervenir dans la guerre des autres, même si l’ayant en partie créée, elle est devenue, la vôtre? L’histoire jugera sévèrement un retrait qui, intervenant après une intervention injustifiée et des milliards de dollars dépensés à "reconstruire" des Etats, former des forces de sécurité nationale, et tenter de redresser des économies, laisse un goût d’inachevé.

A la recherche d’une politique extérieure 

"Combien de temps un pays représentant moins de 5% de la population du globe et 22% de l’économie mondiale peut-il rester le pouvoir politique et militaire dominant compte tenu de la montée des tensions au Moyen-Orient, dans l’Est de l’Europe et dans l’Océan Pacifique?", interroge l’essayiste Gideon Rachman.

En incluant le Pacifique dans les "zones rouges", le publiciste britannique touche un autre nerf sensible, celui de la liberté de navigation en mer de Chine, où Pékin multiplie les îlots artificiels pour agrandir encore la superficie de ses eaux territoriales.

Bien décidé à ignorer ces constructions et les revendications chinoises, l’US Navy s’apprête à tester la liberté de passage. Les Etats-Unis ne sont-ils pas une grande puissance de la région Asie-Pacifique? Mais jusqu’à quand la Chine acceptera-t-elle qu’ils y soient la puissance navale dominante? Pis, en battant retraite au Proche et Moyen-Orient pour mieux se focaliser sur l’Asie, les Etats-Unis n’ont-ils pas compromis leur prestige et leurs intérêts dans cette même région?

Les prochaines patrouilles américaines en mer de Chine débutent dans quelques jours. Nouveau test pour une superpuissance dotée d’un budget de défense colossal (577 milliards cette année, en progression de 10% cette année), mais encore à la recherche d’une politique extérieure cohérente et efficace dans un monde multipolaire. Le grand jeu. Pour marquer son grand retour sur la scène internationale, montrer sa fidélité à l’allié syrien et sa détermination à le défendre coûte que coûte, Vladimir Poutine a déployé sur le champ de bataille toute la batterie de ses nouvelles armes: Soukhoï 35 S, hélicoptères de combat M 28 et, clou de la panoplie, tirés de la mer Caspienne à 2.000 kilomètres de leurs objectifs, 26 missiles intercontinentaux de longue portée. Commentaire stupéfait de l’amiral américain Gortney : "Ça va nous obliger à attraper des flèches au lieu de viser l’archer". Ajoutez à cet arsenal, une force de déploiement rapide, capable, au sol, d’occuper les "vides" créés par ses forces aériennes et un centre de renseignements commun avec les Iraniens et les Irakiens, les alliés du terrain, et vous avez tous les ingrédients d’une puissance militaire dont on croyait les États-Unis seuls détenteurs.

Dur pour l’état-major américain d’entendre son homologue russe revendiquer, avec sa force de frappe aérienne "plus de bombardements en une seule journée en Syrie que la coalition internationale, toute entière en un mois". Mais c’est la réalité: modernisée, bien entraînée, avec un sens aigu du timing (l’US Navy n’a pas pour l’heure de porte-avion dans le golfe persique), l’armée russe a les coudées franches. Le message n’a pas échappé aux États-Unis. Ravalée au rang de pays de seconde zone après l’effondrement de l’Union soviétique - "une pompe à essence se donnant l’air d’un Etat" -, plaisantait cruellement le sénateur John McCain-, la Russie est redevenue un super-power militaire, comme au temps de la guerre froide. Capable d’intervenir loin de ses bases pour défendre ses alliés et faire respecter sa conception de l’ordre mondial.

Des Etats-Unis pris au piège de leurs contradictions

Une stratégie aux antipodes de l’Amérique d’Obama, guidée depuis 2011 et le retrait des forces américaines d’Irak par deux principes: d’abord un leadership en retrait, limité, dirigeant la manœuvre en arrière-plan avec seulement un soutien logistique ("leading from behind"). Mais sans intervention au sol ("no boots on the ground"). Comme lors de l’intervention franco-britannique en Libye. Comme pendant l’invasion de l’Ukraine par les séparatistes pro-russes armés et assistés par le Kremlin. Le deuxième principe: desserrer ses liens préférentiels avec les pétromonarchies (Arabie saoudite) pour se rapprocher de l’Iran, "la grande puissance régionale de demain" qui nie pourtant le droit d’Israël à l’existence.

Ce "retrait" de la scène internationale culminant avec son refus, en septembre 2013, d’intervenir en Syrie malgré l’utilisation avérée d’armes chimiques contre son peuple de Bachar Al-Assad ("ligne rouge" à ne pas franchir selon la diplomatie américaine!), développe aujourd’hui ses conséquences négatives. Mettant à profit l’immobilisme et l’aveuglement américain, la Russie de Vladimir Poutine a annexé sans coup férir la Crimée et construit les conditions d’une partition de l’Ukraine. Au Moyen-Orient, le départ des forces américaines d’Irak a créé un "vide" dans lequel s’est engouffré l’État Islamique qui étend aujourd’hui son emprise en Syrie. En Afghanistan, après la prise – éphémère - par les talibans de Kunduz, métropole stratégique au Nord de Kaboul, pour éviter un scénario à l’irakienne Barak Obama a dû se résoudre à repousser "jusqu’à la fin de son mandat" (janvier 2017) le retrait d’un contingent américain. Pris dans ses contradictions - l’engagement de "mettre fin aux deux guerres dont il avait hérité", et la nécessité de ne pas laisser le champ libre au djihadisme -, Obama recueille aujourd’hui les dividendes d’une politique myope ou aveugle. La priorité donnée à l’Asie (le "pivotal shift") a fait négliger les tensions du Moyen-Orient. Et ignorer le retour de la Russie en Syrie et dans la région où elle s’impose désormais comme l’un des principaux acteurs. Jusqu’où doit-on intervenir dans la guerre des autres, même si l’ayant en partie créée, elle est devenue, la vôtre? L’histoire jugera sévèrement un retrait qui, intervenant après une intervention injustifiée et des milliards de dollars dépensés à "reconstruire" des Etats, former des forces de sécurité nationale, et tenter de redresser des économies, laisse un goût d’inachevé.

A la recherche d’une politique extérieure 

"Combien de temps un pays représentant moins de 5% de la population du globe et 22% de l’économie mondiale peut-il rester le pouvoir politique et militaire dominant compte tenu de la montée des tensions au Moyen-Orient, dans l’Est de l’Europe et dans l’Océan Pacifique?", interroge l’essayiste Gideon Rachman.

En incluant le Pacifique dans les "zones rouges", le publiciste britannique touche un autre nerf sensible, celui de la liberté de navigation en mer de Chine, où Pékin multiplie les îlots artificiels pour agrandir encore la superficie de ses eaux territoriales.

Bien décidé à ignorer ces constructions et les revendications chinoises, l’US Navy s’apprête à tester la liberté de passage. Les Etats-Unis ne sont-ils pas une grande puissance de la région Asie-Pacifique? Mais jusqu’à quand la Chine acceptera-t-elle qu’ils y soient la puissance navale dominante? Pis, en battant retraite au Proche et Moyen-Orient pour mieux se focaliser sur l’Asie, les Etats-Unis n’ont-ils pas compromis leur prestige et leurs intérêts dans cette même région?

Les prochaines patrouilles américaines en mer de Chine débutent dans quelques jours. Nouveau test pour une superpuissance dotée d’un budget de défense colossal (577 milliards cette année, en progression de 10% cette année), mais encore à la recherche d’une politique extérieure cohérente et efficace dans un monde multipolaire.

Source:challenges.fr

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