Nagui, je t’invite en vacances au Bénin !

Très cher Nagui,

Je t’écris depuis Alexandrie. Te souviens-tu, cette belle ville où tu as poussé tes premiers cris ? Tu es peut être surpris que, depuis mon petit coin, je te donne de mes nouvelles. Tu n’en as sans doute pas besoin. J’aime bien ton émission et la façon dont tu l’animes. Il y a peu d’animateurs qui ont ton talent et ton humour. Mais, mon souci, c’est que je n’aime pas toutes tes blagues. C’est vrai que ça ne regarde que moi, parce qu’il y a des millions de spectateurs qui, tous travaux cessants, viennent te suivre.

Il y a quelques jours, j’ai été identifié par des amis sur une photo publiée sur Facebook. Elle te montre posant une question aux joueurs de ton émission :

« Depuis août 2014, dans quel pays est-il fréquent de voir des casseroles sur la tête des motocyclistes ? ».
Comme réponses au choix, tu proposais « Le Gabon » et « Le Bénin ». Peut-être que la question ne vient pas de toi, et lorsqu’on te l’avait proposé, tu y avais tellement trouvé d’humour que tu l’as posé. Sur la photo, tu as le visage souriant, légèrement grimacé comme d’habitude. Tu n’étais pas tout aussi perturbé que moi. Sauf que moi, en t’écrivant actuellement, je ne souris pas. J’ai le visage grave.

 

Nagui, Je te donne une définition de « casserole » telle que proposée par le Petit Robert 2014 :

« Ustensile de cuisine servant à la cuisson, de forme cylindrique, à manche ».
Des « casseroles sur la tête des motocyclistes » au Bénin ? Je suis certainement mal informé. Et tu voudras bien prendre le fait que je n’ai pas accès à France 2, comme mon excuse. En août 2014, moi j’étais au Bénin. Je doute fort que tu y étais toi aussi. Si non, on n’a pas été aux mêmes endroits et vu les mêmes choses. Les casseroles, moi je les ai vus dans la cuisine de ma mère. Quand elles sont sur le feu, il y a de ces saveurs épicées qui m’empêchent de me concentrer sur le film que je suis. Quelque part chez la vendeuse de pate de maïs ou d’atassi, il y avait de grosses casseroles multitâches, au derrière noircit par le feu de bois. J’ai vu aussi des casseroles en vente au marché Dantokpa à Cotonou. Parles-tu de ces mêmes casseroles ?

Cher Nagui, le temps où en Afrique il n’y avait que des singes, des arbres et des lianes pour se déplacer, est révolu. Le temps où de l’Afrique, on dit que n’y vivent que les barbares, est dépassé. Et même ces discours, j’ai toujours pensé qu’ils sont de ceux qui ne sont jamais allés en Afrique. De ceux qui ne connaissent pas l’Afrique. Ceux qui n’ont pas les moyens que tu as pour échapper à la bêtise. Au moins, toi tu y es né ; du moins quelque part sur ce continent. Donc je suppose que tu la connais en partie. C’est pour cela que je suis surpris par ta question. Chez moi, il y a des casques pour la protection de nos têtes et des casseroles pour faire la cuisine. Nous ne marchons pas sur les mains. Chez nous, nous essayons de faire les choses petitement, sans trop nous endetter. Sans obliger des gens à dormir dans la rue. Nous n’avons pas beaucoup d’animateurs de ta trempe, mais ils essayent de ne pas dire des stupidités. Aujourd’hui, il y a internet fort heureusement. L’Afrique est connectée, mon Bénin aussi. Donc, il y a de ces clichés qu’il faut vite enterrer, parce que chez nous, on est bien dans la tête, dans le cœur et dans la peau.

Ce n’est peut-être pas ta faute. Parce qu’il y a des milliers de jeunes et de vieux du monde qui rêvent de venir en Afrique. Ces personnes, des gens comme toi leur ont dit que nous portions des cache-sexes à la place du pantalon. Que nous ne parlions qu’un étrange charabia. Que nous nous déplacions avec des lianes. Que nous n’avions pas internet. Que notre pauvreté fait que nous mourrons très tôt de faim. Que nous portions des casseroles à la place des casques…

Nagui, on va trouver une solution. Peut-être qu’à ta retraite (qui ne doit pas être très loin), tu décideras de vivre au Bénin jusqu’à la fin de tes jours, qui sait ? Pour l’instant, je t’invite en vacances au Bénin l’été prochain. Ton salaire d’animateur suffirait pour t’offrir tous les voyages sur cette terre. Mais peut-être que tu ne trouves pas opportun de dépenser, ne serait-ce qu’un seul centime, pour aller au Bénin. Mes pauvres sous ne pourraient suffire à payer ton billet en classe affaire. Néanmoins, si tu partages mon idée, je vais lancer une souscription volontaire pour demander à ceux qui aiment l’Afrique et le Bénin, de m’aider à t’acheter un billet d’avion. Je t’hébergerai chez moi à Porto-Novo. Ce n’est pas le luxe, mais on y vit bien. Je t’emmènerai à Ouassa-Pehunco, à Matéri, à Dassa-Zoumè, à Covè, à Zè, à Ouidah, à Grand-popo ou à Cotonou si tu préfères. Là, tu pourras voir avec tes propres yeux les casseroles sur la tête des motocyclistes.

Bien cordialement.

Djossè.

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