Duel entre Yayi Boni et le Bénin

La farce commence à ne plus être drôle. Le président chanteur, les ministres griots et les députés danseurs; jusqu’à présent la plaisanterie était si forte qu’on pouvait en rire.

Aujourd’hui, le rire ne monte plus aux lèvres, les épaules se haussent. La colère monte.

Avec la LEPI lépreuse, on savait bien que le processus électoral avait du plomb dans l’aile. Le peuple s’est résolu à faire contre mauvaise fortune, bon cœur. Espérant du COS-LEPI, un outil plus fiable pour se faire justice. Mais le jeu de ping-pong entre cette structure et le ministre des finances a tôt jeté un voile sombre sur la seule arme qu’a ce peuple pour racheter cette âme errante, qu’est devenue la démocratie béninoise. La recrudescence des slogans ces dernières semaines ne présageaient rien de bon. Le peuple s’interrogeait encore sur le sens à donner à la boutade du ministre d’État «après nous, c’est nous» que le président lui-même est venu jeter l’huile sur le feu. La communication politique demeure le talon d’Achille de Yayi Boni. Pourtant, selon les informations relayées par la «La Lettre du continent», le pouvoir aurait dépensé des millions pour faire de Yayi Boni, un président à la hauteur du titre.  Malheureusement, les jours se suivent et se ressemblent. Après les propos va-t-en-en-guerre; après avoir traité les hommes politiques de médiocres, des jeunes de citoyens encombrants, la dérive verbale a atteint son point de non-retour.  Les élucubrations des sbires du pouvoir trahissent les intentions d’un pouvoir, dont plus personne ne doute des intentions de jouer les prolongations. Fatouma Amadou Djibril : « si le peuple veut qu’il fasse un 3eme mandat, il le fera ». Komi Koutché : « on ne choisit pas le dauphin du roi de son vivant ». La trame du spectacle est bien connue maintenant mais le scénario grince encore faute d’huile.

 

La sortie de Me Adrien Houngbédji, président du PRD aurait-elle poussé  le refondateur dans les cordes? Sinon, la coïncidence est saisissante. Adrien Houngbédji évoquait un destin cauchemardesque pour notre démocratie. De ses vingt-cinq années d’expérience politique, l’homme avait vu le mal de loin. Certains commentateurs véreux trouvaient ses propos trop alarmants pour être vrais. D’autres « aboyeurs du soir » avaient estimé que le scénario évoqué est un vieux serpent de mer. 

 

Mais Yayi Boni s’est dépêché de saisir la balle au bond. « Quand on tend la main à un lépreux, il veut qu’on l’embrasse » dit un adage. Le Bénin est en faillite démocratique ne pouvant plus assumer ses dépenses de souveraineté. La nouvelle a eu l’effet d’un coup de tonnerre. Pourtant, les dépenses électorales ne proviennent pas d’un évènement imprévu comme une catastrophe naturelle. L’organisation des élections était prévue à l’agenda du peuple depuis des lustres. Qui sait gouverner, devrait prévoir. 

 

Cette démocratie jugée « nescafé » a pourtant, depuis deux décennies, honoré son cahier des charges : tenir les élections à bonne date. Dans son imaginaire, dans son modèle démocratique, les élections ne sont (peut-être) rien d’autre qu’une usine à broyer le CFA, mais c’est un passage obligé. C’est la colonne vertébrale de tout État de droit. Le tollé général suscité et l’ouragan de protestations ont  précipité  un conseil de ministre extraordinaire. Le gouvernement voulait colmater les brèches, les ministres voulaient passer l’éponge. Mais le mal est fait. C’est du flagrant délit. Le Bénin n’avalera plus de couleuvres de ce gouvernement.

 

N’amenez pas le peuple à vous balayer à coups de sifflet comme un vulgaire voleur de quartier. 

 

N’amenez pas la foule à vous jeter la pierre comme ce fut le cas pour Kérékou en 1989. Depuis 2006, le peuple s’est contenté de vous mordre. Il peut bien vous avaler! Vous voulez une ovation des députés, vous l’aurez! Vous voulez que toutes les vierges de ce pays vous chantent  une cantate, vous l’aurez. Elles pourraient même pousser les choses jusqu’à vous baiser le front. 

 

Par vos intrigues de basse police, vous voulez mettre vos bottes sur la nation et lui faire entrer dans la gorge sa soif de démocratie sous le prétexte sacrilège d’une crise économique. L’errance a trop duré pour ce pays. Nous préférons encore la démocratie dans la pauvreté que la richesse dans l’asservissement. La conscience humaine ne saurait faire autant de compromis et quand bien même une génération serait assez lâche pour oublier les faits, les annales impartiales de l’histoire seraient là et crieraient à la postérité : «tel jour, à telle heure, le droit a été violé et le Bénin meurtri ».

 

Entre Yayi et le Bénin, le duel vient de commencer.

 

 

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