MOURIR POUR RESPIRER : LE TESTAMENT DE DANGNIVO

Je reviens du Bénin profond, à la rencontre de mes frères et sœurs que le hasard de la géographie a fait naître à des centaines de kilomètres de Cotonou.

Pourquoi le brave paysan de Banikoara vivant au Nord, souffre pour planter l’or blanc, souffre pour le récolter, et meurt un jour dans le dénuement le plus total, sans que le drapeau ne soit mis en berne, que le conseil des ministres ne lui réserve la moindre minute de silence, et que l’histoire ne retienne son nom?

Parce que comme le paysan de Djidja dans le Zou, il est l’un des maillons faibles que l’Etat tue, pour engraisser des politiciens et fonctionnaires véreux, et leurs alliés commerçants sans vergogne, dans le complot des forts contre les faibles. C’est pour survivre à cette mort programmée qu’en 2006, le paysan de Banikoara et le paysan de Djidja, tous deux, ont barré la voie aux politiciens, et porté en triomphe un Banquier nommé Boni YAYI.

C’est pour barrer la voie à l’injustice, que le Nago et le Ditamari, le Fon et le Kotafon, le Bariba et le Dendi, l’Adja et le Mahi, le Mahi et le Foulani, du Midi au Septentrion, ont agi en chœur un jour de mars 2006, dans l’intimité de l’isoloir, en portant 75 bulletins sur 100 sur le candidat Boni YAYI, économiste, mais pas seulement, homme de Dieu surtout.
Neuf (09) ans après, le héros de ce jour de joie et de rêve qui menaçait déjà, il y a deux ans et demi, de faire s’affronter ses compatriotes, persiste et oppose à Banikoara en mars 2015, les enfants du pays: « ce sont des traîtres vendus aux Fon, aux gens du sud », proclame-t-il, en indexant un de ses anciens ministres candidat sur une liste adverse. « Les tragédies de l’histoire révèlent les grands hommes, mais ce sont les médiocres qui provoquent les tragédies » disait Maurice Druon, dans son Introduction à l’essai « Les Rois maudits », au tome 7 baptisé : Quand un Roi perd la France ».
Boni Yayi perd le Bénin et tente de s’accrocher à Banikoara à une partie qu’il revendique sienne et à laquelle il désigne des ennemis intérieurs, dans une ethnie et une région du pays.

Le 26 août 2005, dans l’avion qui me ramenait de Dakar, je me souviens qu’assis à mes côtés, il y avait mon ami Olushegun Tidjani Serpos, fils du secrétaire Général d’alors du Parti du Renouveau Démocratique (PRD), parti qui portait un aspirant sérieux à la présidentielle. Tandis que blotti contre le hublot, je contemplais le paysage poétique que présente Abidjan où nous faisions escale, il m’extirpa de mon univers onirique et me fit remarquer en indexant un homme qui avançait vers la sortie : « Regarde ton prochain président ». Sans égard pour le choix des parents, nous étions ensuite de nombreux jeunes à avoir lutté, avec le seul espoir que : « ça peut changer, ça doit changer, ça va changer »

Alors que s’est-il passé monsieur le Président ?
Je ne puis m’empêcher d’avoir une pensée à Séverin AKANDO, Paix à son âme, avec qui je me promenais de plateau en plateau de télévision, pour prêcher l’évangile du CHANGEMENT, la place des jeunes, la place de la culture dans le projet de société du Docteur Boni YAYI. Lui et moi, Paix à son âme sommes malheureusement des pestiférés Fon du Sud, qui ne savaient pas que le sud est une partie non désirable du Bénin, et nous avions demandé à des jeunes Fon, à des femmes Fon, à des adultes Fon de voter Boni YAYI.
Je ne puis m’empêcher de penser à ce jeune photographe de Godomey-Togoudo, un maudit Fon lui aussi, militant chevronné à qui j’ai opposé les valeurs du Changement, lui qui est venu me voir au lendemain des élections pour me dire poliment : « Grand-frère, maintenant que notre lutte a abouti, ne m’oubliez pas ». Lui aussi est parti depuis, d’une mort tragique ; et dans chaque douleur qui traverse mon âme sur nos illusions de 2006, je pense aux heureux absents que le Ciel a voulu priver de ce que mes yeux ont vu, et continuent de voir.

Il paraît que tout se défait lorsque des personnages insuffisants se succèdent au sommet de l’Etat. L’unité se dissout quand la grandeur s’effondre ; et le Chef de l’Etat qui boucle son bail au palais de la Marina veut transmettre aux dix millions de frères Béninois, un pays en lambeaux, contre le bon sens, et en parjure du serment qu’il a prêté, lui que la Constitution établit garant de l’intégrité territoriale et dont elle fait l’incarnation de l’unité nationale.
Après le discours de Banikoara, dites-moi derrière quelles paupières je pourrais dormir, quand la constitution de mon pays, sa devise, son hymne, et ses armoiries appellent à l’unité nationale et que le garant préposé à cette fonction trace des frontières, produit un discours, et pose des actes qui cloisonnent la nation en deux blocs ?
J’appartiens à la partie du pays dont les fonctionnaires et les charlatans disparaissent comme une épingle dans une botte de foin, à la partie dont les candidats échouent systématiquement aux concours, à la partie dont les opérateurs économiques vivent en exil, et moi qui attendais pour mon pays, l’émergence, la révolution verte, la croissance à deux chiffres, la prospérité partagée, je m’aperçois que je suis estampillé sudiste-empoisonneur, par le « messie descendu du nord» pour qui des militants PRD, RB, FORCE-CLE, PSD, et MADEP ont décidé de voter, sans égard pour leur région, leur religion, leur ethnie, et leurs bords historiques.

Alors que s’est-il passé Monsieur le Président ?
Comme dans les confessions du psalmiste, « nous étions comme ceux qui font un rêve. Alors notre bouche était remplie de cris de joie et notre langue, de chants d’allégresse » (Psaumes 126 ; 1-2) ; quand les urnes ont livré leur secret au soir du premier tour de 2006, et que joint au téléphone, Candide AZANNAÏ, en tournée de surveillance à l’intérieur du pays, m’a confirmé, fou de joie, que la « déferlante verte » a gagné le centre aussi, du pays fon au pays nago, en passant par les Mahi et autres.
Oui, les Fon du Sud aussi sont des enfants du Bénin. Ils sont des enfants du Bénin comme Pierre Urbain DANGNIVO, porté disparu, et dont le cadavre a été brandi comme un trophée à Womey, pour attester de la bonne foi du régime.
Un jour, le cadavre de Pierre Urbain Dangnivo se lèvera. Il se lèvera lentement, pour embrasser le cadavre ambulant du paysan de Banikoara, héros malmené jusqu’au seuil de la tombe. Alors, ces deux frères, sans distinction de leurs ethnies s’embrasseront et chanteront ensemble, Enfants du Bénin, debout !

Lorsque les morts se lèvent, il y a révolution. Les Béninois du nord et ceux du sud, les assassins et les parents des personnes assassinées, se feront l’accolade, sans hypocrisie, pour avancer collectivement, sur les chemins du vivre-ensemble, sur les chemins de l’avenir. Les jeunes gens engagés comme des gigolos entretenus par la vieille mère « Cauris » pour détruire leur nation se repentiront, et ils seront acceptés par les victimes de leurs brimades.
Et alors, tous les enfants du Bénin, morts physiquement, moralement, ou spirituellement, se relèveront pour respirer, et notre rêve mort depuis 2006 redeviendra une réalité. Le retour de l’espoir sonnera la véritable renaissance de notre nation. La tragédie sera conjuguée au passé, les Rois s’assagiront, les maudits se métamorphoseront, la Nouvelle Conscience sera une réalité pour le paysan de Banikoara et son frère de Djidja ; et alors les générations témoins et victimes de ce régime, de sa promesse, de ses œuvres, de son k.o, de son agonie, de ses soubresauts, de sa gloire et de son déclin, tenteront, en leur mémoire, de les refouler en les barrant d’un trait de plume ; la haine mourra en eux et il n’y aura dans leur cœur de place que pour l’Amour.

Alors seulement, nous allons respirer.
Tel est le testament de DANGNIVO, vu par un rêveur. Au nom de Dieu, j’y crois.
Constantin AMOUSSOU

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