Burkina, Bénin: Prémices du printemps africain...

 

 

 

Le Burkina Faso a donné ce mardi le "la", avec une manifestation géante à Ouagadougou, que d'aucuns ont qualifiée de "plus grande manifestation jamais organisée en Afrique sub-saharienne."

Les Béninois les suivront ce mardi, avec une manifestation qui, sans avoir pour ambition d'être aussi retentissante que celle de Ouaga, fera sans doute parler d'elle...

A Ouagadougou comme à Cotonou, on marche pour la liberté, le respect de la dignité humaine, contre l'oppression, la confiscation des acquis démocratiques et les tentatives de récupération des mouvements démocratiques de la fin des années 1980.

C'est qu'entre-temps, les esprits retors de certains dirigeants nostalgiques du bon vieux temps des partis uniques ont pris le dessus sur une société civile qui, semble-t-il, aura trop longtemps laissé faire.

Dans ce sursaut annonciateur d'une réappropriation de la démocratie par les peuples, la palme du courage revient sans doute aux Burkinabé qui depuis quelques années, annonçaient les couleurs.

Nombre d'observateurs – et j'en suis – ont vu en ces mouvements de prime abord peu organisés, des feux de paille qui s'éteindraient bien vite dès les premiers coups de Kalachnikov.

Dans ce pays où Blaise Compaoré a au moins autant de sang, aussi bien sur la conscience que sur les mains, peu donnaient cher de la peau de quelques velléitaires auxquels le régime poussiéreux du président du Faso donnait grand prurit.

Eh bien, ils ont eu tort, j'ai eu tort.

Les Burkinabé étaient plus d'un million dans les rues de la capitale, sous des slogans aussi explicites les uns que les autres, du désormais convenu "Dégage, Blaise", au plus radical "Casse-toi, pov' con", à exiger la fin du canular.

ET LA POUDRE SE TUT...

Il est vrai que grâce au statut de Rome, les roitelets africains tournent désormais leurs kalachnikovs dans tous les sens, avant de faire partir le moindre coup de feu.

Pas fous.

Se sachant dans le viseur de la CPI, en dépit des dispositions qu'ils ont adoptées pour s'amnistier par défaut des exactions auxquelles ils ont accoutumé leurs populations, ils rechignent plus que jamais à faire parler la poudre.

Ainsi, à quelques heures d'un vote à l'assemblée, véritable coup de vice qui risque de donner un nouveau tour de vis dans le fauteuil tremblant de Blaise Compaoré, pour lui ouvrir la voie à un énième mandat illégitime, ils sont allés dire d'une voix clairement audible, de Ouagadougou à Paris: "Non."

Les échos de cette voix ont été entendus au Bénin voisin où, longtemps tétanisées par les répressions systématiques de leurs marches, les organisations de la société civile appellent ce matin à un regroupement majeur.

On n'en est pas encore à la mobilisation contre un référendum portant modification de la constitution, mais c'est comme si...

Dans le laboratoire de la démocratie africaine devenu pour le coup, le contre-exemple de ce que doit être une démocratie moderne, les sourds bruits de la contestation montaient depuis quelque temps, face à un régime à bout de souffle, porté par les logorrhées d'un chef un peu perdu, qui professe devant Dieu sa détermination à quitter le pouvoir au terme de son dernier mandat constitutionnel, mais caresse dans l'arrière-cour de son palais, l'envie de rempiler; un chef qui fait mine de ne pas voir au-delà de l'horizon 2016, date de la fin de son mandat, mais boude quiconque se déclare candidat à sa succession; un échevin qui se rêve éternel et envoie ses porte-flingues louanger son œuvre, mais ne supporte guère que quiconque conteste ses méthodes; un quart-de-monarque qui a organisé un savant clair-sombre politique, pour mieux se poser, le moment venu, en seul sauveur d'une nation en déroute.

Les Burkinabé montrent la voie, les Béninois les suivent et – qui sait ? -, bientôt, les Congolais et les habitants de toutes ces contrées où nos dirigeants ont mal lu la loi fondamentale.

On subodore un air de révolution, de révolte, peut-être annonciateur du fameux printemps africain qui, comme la saison, devrait signer la renaissance de la démocratie sur le continent.

Tant que ces mouvements populaires ne se terminent pas dans un bain de sang, on peut les applaudir des dix doigts.

 

 

 Amida Bashô

 

 

Vous aimerez aussi ...

Vidéo du jour

Plus d'Infos

Révision de la Constitution: « transmission du projet dans quelques jours » au Parlement

Révision de la ...

Lors de sa rencontre avec les têtes cour...

BENIN: Lutte contre la vente des faux médicaments,Sogéma soutient le gouvernement

BENIN: Lutte co...

La Société générale des marchés auton...

La voie de Vodjè  bloquée par des milliers casiers de bière

La voie de Vodj...

Des milliers de bouteilles remplies de ...

Rencontre avec les chefs traditionnels : voici le message du chef de l’Etat face aux difficultés de la population

Rencontre avec ...

Au cours de la rencontre à cœur ouver...

Nos Articles

Ebola : l’irresponsabilité des dirigeants africains

Ebola : l’irres...

      L’Organisation Mondiale de la S...

Bénin : de la fonction présidentielle infantilisée

Bénin : de la f...

Le blogueur béninois Jules Djossou Bonou...

Duel entre Yayi Boni et le Bénin

Duel entre Yayi...

La farce commence à ne plus être drôle. ...

Burkina, Bénin: Prémices du printemps africain...

Burkina, Bénin:...

      Le Burkina Faso a donné ce mard...