HOUNGBEDJI passe, mais....HOUNGBEDJI est attendu

Dans la douleur. 42 contre 41 ; pratiquement sur le fil. Pour un pouvoir que l’on disait grabataire, vomi, "évaporateur" de l’argent des pauvres, l’argent de l’eau potable... De 33 députés sortis des urnes, Yayi a pu remonter jusqu’à 41. Un vote révélateur de l’état de la démocratie béninoise qui vit au rythme des prébendes, des compromissions, des entourloupettes, des trahisons et des mensonges ; la fameuse association de malfaiteurs qui ne connaît que le langage des marchandages et de l’indignité.

J’exagère à peine. Inutile d’aller chercher des traîtres ou des mécréants dans un camp comme dans l’autre. La vie publique est ainsi faite chez nous au quartier dit autrefois latin de l’Afrique. 17 procurations du côté du pouvoir contre 14 chez l’opposition ont fini de jeter l’anathème sur la morale et la probité dans les rangs des princes qui nous gouvernent. N’allez surtout pas chercher les conditions dans lesquelles des gens ont cédé la représentativité à eux accordée par le peuple, au sortir des urnes.
À scruter les résultats de la nuit du 19 mai 2015, on est en droit de se demander ce qu’est devenue la débâcle que beaucoup de gens ont cru lire dans les urnes le 26 avril. Le recul Fcbe était là bien visible. Le regroupement politique porté à bout de bras par le chef de l’Etat lui-même faisait le pire de ses scores à des législatives en obtenant 33 élus après ses 35 de 2007 et ses 41 en 2011. Mais ce n’est pas le sentiment que donne le jeu presque égal de 41 contre 42 pour la désignation de l’occupant du perchoir. La malfaisance érigée en dogme politicienne est passée par là. Pour une petite malencontreuse voix le bureau de l’Assemblée nationale aurait pu revenir dans la gibecière des partisans de la révision de la constitution malgré la forte mobilisation des électeurs contre ce projet. Les refondateurs ont presque réussi à inverser l’expression populaire. Au pays où les acteurs de la vie publique sont capables de modifier le sens du suffrage universel, il faut avoir des craintes sur l’avenir.
Les Béninois ont-ils conscience de la monstruosité qu’ils ont frôlée en cette nuit de 19 mai ? Accorder le contrôle de toutes les institutions du pays à un homme au pouvoir qui pourrait continuer à les influencer plusieurs années après avoir quitté la présidence de la République. En effet, le bureau du parlement sous la férule de Yayi signifie qu’il pourrait avoir sous son contrôle 4 des 7 membres de Cour constitutionnelle à installer en 2017 alors qu’il avait déjà eu à faire désigner les 7 sages actuels dont le mandat court jusqu’en 2018 justement. Lorsqu’on sait que 6 sages de la Cour constitutionnelle à l’exception de son président devraient siéger à la Haute cour de justice censée connaître des infractions reprochées aux infractions commises par le chef de l’Etat pendant qu’il était en fonction. Yayi pourrait éviter à son régime de devoir répondre d’éventuelles infractions reprochées à sa gouvernance jusqu’en 2022 au moins. Une sorte d’amnistie temporaire sur plusieurs années.
Plus aucun acteur de la vie publique n’ignore les nuisances de l’argent d’origine douteuse sur les grandes orientations politiques du pays. Pour l’heure rien ne semble en mesure d’endiguer le fléau qui broie tout sur son passage. Acteurs de la société civile, religieux, électeurs, têtes couronnées, jeunes, femmes, rien ne résiste désormais à la furie de l’argent sale en politique. Membres d’institutions, fonctionnaires, universitaires, tous proposent leur service à la pègre politico-administrative qui a infiltré toutes les strates de l’Etat. On attend de voir la solution à proposer à cette déchéance collective. C’est intelligent peut-être de la part des opposants de l’heure d’avoir choisi de lutter avec les mêmes armes, les mêmes perversions et les mêmes travers que l’adversaire. Mais il va falloir sortir un jour de ce cercle vicieux. Opposants d’aujourd’hui, mouvanciers de demain...
C’est là que Houngbédji et les siens sont attendus...
Par Arimi Choubadé

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