Boni Yayi ne voyait-il pas?

Alors que les dirigeants africains sont souvent accusés de détournements et autres blanchiments, le président béninois n’aurait perçu aucun salaire au cours de ses dix années de pouvoir. Opération de communication d’un sortant malmené ?...

Le 6 avril prochain, Thomas Boni Yayi cédera les clefs de la présidence du Bénin à son pire ennemi, Patrice Talon, celui-là même qu’il accusait, il y a quelques mois, d’avoir voulu l’empoisonner. Si le nouvel élu a indubitablement empoisonné le deuxième mandat de Boni, a-t-il vraiment été le « Talon d’Achille » qui obligea le président à renoncer au trône, au moment où le Congolais Sassou Nguesso démontre qu’il n’existe pas de « malédiction Compaoré » ?

Qu’importe. « Quand le canari se casse sur ta tête, profite-en pour te laver », dit un proverbe ouest-africain. Le « préféré » Lionel Zinsou battu à la régulière, il ne reste plus au président sortant qu’à « laver » une image de marque encore malmenée…
Un président africain qui accepte de quitter le pouvoir, après seulement deux mandats, mérite censément d’être applaudi. Pourtant, en monnaie de son renoncement politique, celui du Bénin reçoit une certaine cruauté populaire et journalistique. La première a fait de Boni Yayi la cible de toutes sortes de railleries, notamment depuis ses larmes de caïman post-attentat de Charlie Hebdo, depuis le « vent » que lui réserva Barack Obama à la COP 21 et depuis la vidéo virale où il frictionnait de façon triviale une pommade, lors d’une investiture burkinabè. La cruauté est aussi médiatique, la presse nationale et internationale dressant déjà le bilan féroce d’une décennie présidentielle que l’on dit truffée de démagogie, de régionalisme, de clientélisme et de gouvernements pléthoriques.
Alors quelle zone du blason redorer, quand la pommade est déjà frictionnée et les équipes ministérielles déjà surchargées ? Les zones financières, quand on est économiste d’origine. En 2011, alors que Boni Yayi abordait la seconde mi-temps de son passage au pouvoir, son compatriote Léonce Gamaï dénonçait un salaire présidentiel équivalent à 80 fois le salaire minimum interprofessionnel garanti, alors même que le relèvement du point indiciaire de tous les agents de la fonction publique était sujet de tension entre gouvernement et syndicats. La justification serait-elle un plat qui se mange froid ? Cinq ans après l’indignation, lors du compte-rendu du Conseil des ministres du 26 mars dernier, le Secrétaire général du gouvernement, Alassane Tigri, affirmait que, de 2006 à ce jour, le chef de l’État sortant n’avait encaissé aucun avantage pécuniaire afférent à la fonction présidentielle. Ni indemnité de santé, ni indemnité de logement, ni résidence, ni primes, ni même salaire. Seul un fond aussi secret que constitutionnellement reconnu aurait été légalement utilisé par le président.

Et le Secrétaire général du gouvernement de dévoiler l’armature de l’épargne de Boni Yayi comme les 230 millions de francs CFA d’indemnités de retraite accordées par la BOAD en 2006 et les 50 millions d’indemnités de retraite versées par la Cedeao en 2010. La position du compte Ecobank du président sortant serait de 10 millions de francs CFA et son compte au Crédit lyonnais aurait été fermé. Le patrimoine personnel du premier magistrat acquis pendant ses mandats, serait composé de deux villas béninoises et trois véhicules.

Aux montants des sommes officiellement perçues par les présidents africains, les opinions publiques répondent généralement par une moue dubitative. Quant à l’hypothèse d’un Boni Yayi sans salaire, même le président uruguayen José Mujica empochait 10% de ses émoluments, avant de donner le reste à des organismes de bienfaisance. Mais peut-être Boni Yayi n’avait-il pas vu tous les avantages auxquels il avait accès. Il vient de subir une deuxième opération de la cataracte…

Damien Glez

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