L’ancien chef de l’Etat Yayi Boni et compagnie répondront de leur gestion

Même si elle tarde un peu à prendre corps, la rébellion des hommes de « Yayi » commence enfin par se fait sentir. Attaquée de toutes parts sur sa gestion frauduleuse et scandaleuse de la décennie passée, la clique Fcbe tente, enfin, de justifier ses nombreux écarts. Réussira-t-elle ? C’est la question qui s’impose.L’après pouvoir, tout le monde en convient, n’est pas une période facile à vivre pour les hommes politiques en général. L’oisiveté, le désœuvrement, la perte de l’estime des siens et de ses pairs, et la crainte d’être tôt rangé dans les placards sont autant de facteurs qui, à s’y méprendre, peuvent plonger le sortant dans une chute vertigineuse. Mieux, quand on a eu, comme Yayi Boni, à assumer une telle fonction, avec ce que cela contient comme charge émotionnelle et psychologique, pendant plus de 3650 jours, il y a de quoi être perturbé. A cela s’ajoutent des erreurs politiques souvent impardonnables, et une très mauvaise négociation de sa sortie. Yayi Boni n’ayant pas réussi à faire élire un dauphin, faute d’en avoir vraiment préparé, le pouvoir a finalement échu à l’un de ses adversaires et ennemis politiques. Il ne peut, d’ailleurs, que s’en prendre à lui-même, en raison d’un autisme à la limite morbide, et surtout, par son incapacité à supporter la contradiction. Mais, le cas « Yayi », pour ce qui se passe actuellement sous nos yeux, devient préoccupant. Apparemment, l’ex chef de l’Etat n’a pas encore retrouvé ses marques. Et, à défaut de ses frasques d’antan et de ses phrases polémiques, Yayi Boni occupe toujours la scène politique. Abandonné par les siens du panier à crabes « Fcbe » formé de toutes pièces, l’ex-Prince de Tchaourou semble devenu un « ovni ». Certes, il n’a pas encore pris officiellement la parole depuis l’avènement, le 6 avril dernier, de son successeur. Mais, il s’affiche ici et là, toujours préoccupé, donnant l’impression d’être poursuivi par de vieux démons : ses nombreuses casseroles. Du coup, face à ses différentes tentatives infructueuses de mettre en ordre de bataille la coalition hétéroclite qu’il a asservie durant son règne, sa stratégie, semble-t-il, est de répondre du tac-au-tac aux révélations, mais cette fois-ci, à travers des fusibles bien choisis. Car, au fond, tout le monde s’en doute un peu aujourd’hui, sous le régime Yayi, le gouffre a été atteint.

Les explications de Koutché attendues

Eugène Azatassou et compagnies font aujourd’hui, contre mauvaise fortune, bon cœur. Ils tentent de justifier l’impossible. D’ailleurs, des élucubrations de Djènontin sur Sikka T.v dans le sulfureux dossier des voitures d’occasion, aux jérémiades insipides de l’ex journaliste reconverti en apprenti sorcier de la politique, le summum de la « bêtise » est déjà atteint. On conçoit mal en effet, qu’en face des nombreux scandales politico-financiers hérités du pouvoir Fcbe, les hommes de main de Yayi Boni ont le cran de sortir de telles salades et inepties pour justifier les dérives. Or, paradoxalement, l’un des plus interpellés dans les vilaines affaires qui empestent le pays, l’ex-ministre des Finances, se réfugie toujours dans son « silence » austère et incompréhensible. On est loin, mais vraiment loin, de la période où le fringant ministre montait au créneau et livrait des chiffres dont on ignore la source sur les plateaux de télévision. C’est peut-être parce que l’Ortb a, entre-temps, changé de main et retrouvé sa neutralité. Nommément cité et sa responsabilité indexée, par exemple, dans la colossale dette intérieure laissée par le régime défunt, l’ancien argentier, a jusque-là donné sa langue au chat. D’aucuns, en raison de cet effacement contre nature et très suspect, arrivent à se demander, s’il n’a pas déjà pris la clé des champs. Les réseaux sociaux ont d’ailleurs fait leurs choux gras de cet hypothétique départ. Partira ou partira pas ? Là n’est, sans doute, pas la question. Les populations attendent des explications. Certes, le régime Talon, peut-être par peur de froisser Yayi Boni et les siens, se complait toujours dans une posture ambigüe, à propos des suites à donner aux audits et autres dossiers funestes hérités du yayisme.

Yayi envoie-t-il ses sbires au front ?

Mais, avant que cela ne dégénère, la clique qui a géré entre-temps le pouvoir doit pouvoir fournir des explications plausibles. Dans le cas échéant, et comme cela se fait dans toute démocratie qui se respecte, ce sera à la justice de statuer et de trancher. Au demeurant, plutôt que de s’inviter partout, comme à son habitude, sans y être invité, l’ex-chef de l’Etat doit sérieusement préparer sa riposte. Il faut terminer avec la comédie pathétique jouée par les pauvres fusibles et sbires que sont Houngbadji, Djènontin, Houénou et autres. De plus, il faut que Yayi Boni comprenne qu’il n’est plus le chef de l’Etat. S’il ne peut donc pas s’asseoir tranquillement chez lui pour cultiver son jardin et profiter de l’après-pouvoir, qu’il voyage à travers le monde pour se changer les idées. Il doit laisser, pour le bonheur d’un peuple meurtri par ses errements, son successeur gérer au mieux. Quitte à ce que les comptes lui soient demandés après. Pour avoir été hyperactif pendant dix, Yayi Boni ne peut plus donc se permettre aujourd’hui d’occuper le terrain et les esprits. Il n’y a pas de réélection en vue.

Wilfrid Noubadan

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